12 Juillet 1884: La vraie naissance du Cameroun ?

Un regard sur l'antériorité de l'histoire coloniale du Cameroun, en abordant notamment un passage capital de celle-ci: la signature du Traité Germano-Douala.

HISTOIRE

7/13/20264 min read

Le Traité Germano-Camerounais et non Douala ?

Je dois bien l'admettre: grande a été ma surprise, lorsque j'ai découvert en m'attelant aux recherches liées à cet article, que l'appelation Traité Germano-Douala était peut-être incorrecte ! En effet, ce terme utilisé pour désigner cet important document de l'histoire du Cameroun, porte en réalité dans les archives de l'histoire coloniale allemande un tout autre nom: celui de "Deutsch-Kamerun-Vertrag", comme pour dire "Accord Germano-Camerounais".

Au Professeur Kum'a Ndumbe III, illustre germaniste et historien, de l'affirmer avec encore plus de tonalité. Il insistait à ce sujet en martelant qu'au moment de la signature du traité, la ville de Douala n'existait pas. On parlait plutôt de "Cameroons river", qui deviendra en 1901 "Cameroons Towns". Et ce n'est qu'à partir de 1908 qu'on commencera donc à parler de la ville de Douala.

Cette thèse paraît assez pertinente d'autant plus que la langue européenne parlée par les opérateurs économiques occidentaux qui étaient présents sur les côtes camerounaises à l'époque c'était l'anglais; c'est donc logiquement en anglais que ce traité fut signé. Selon les historiens, les Chefs signataires dudit Traité s'étaient présentés par "We are the Kings of Cameroons" et non pas "We are the Kings of Douala", ce qui donc attribue à ce traité un caractère national indéniable, que plusieurs lui revendiquent tant.

Un contexte historique alambiqué

L'Allemagne contrairement aux autres Nations d'Europe de l'Ouest se lancera assez tarivement dans la conquête de nouveaux territoires à cause notamment de problèmes internes liés à l'unité de son territoire. C'est donc avec la création du second Empire en 1871, que l'Allemagne se donnera pour grand objectif de faire comme ses voisins concurrents: agrandir son influence en s'établissant sur de nouveaux territoires.

Le chef d'orchestre de toutes ces manoeuvres n'était nul autre que Otto von Bismarck, qui à partir du mois d'avril 1884, instruira à son Consul, que des territoires soient mis sous protectorat du Reich. La même année, Gustav Nachtigal sera envoyé au Cameroun pour négocier avec les autorités locales les clauses d'un accord de protectorat de l'Empire allemand.

Le tournant historique

Lorsqu'il arrive aux larges des côtes camerounaises le 13 Juillet 1884, il trouve que le "Deutsch-Kamerun-Vertrag" vient d'être signé par les Rois Ndumbé Lobé Bell et Dika Mpondo Akwa, représentant respectivement les familles Bell et Akwa d'une part et Eduard Schmidt répresentant la firme Woermann et Johannes Voss pour les firmes Jantzen et Thormahlen. Ces derniers rétrocéderont leurs droits à l'Empire allemand répresenté par Gustav Nachtigal le même jour.

Le lendemain, Nachtigal prononcera un discours en anglais et en allemand lors d'un cérémonial officiel et hissera le drapeau impérial sous les tirs de 21 Canons: le Cameroun est officiellement sous protectorat de l'Allemagne.

Cinq mois plutard, le Traité Germano-Camerounais devient valable pour le reste du territoire grâce à la clause de l'hinterland: cette clause permettait en effet à une puissance installée aux côtes, d'avoir accès au reste du territoire, jusqu'à la rencontre de la frontière d'une autre puissance.

Ce Traité est-il l'acte de naissance de la Nation Camerounaise ?

On est bien d'accord, cette question est bien plus complexe qu'elle n'y paraît. Mais au vue du relatif vide historique de la mémoire collective camerounaise, ne serait-il pas de bon ton, de rétablir cette période cruciale de l'histoire du Cameroun ?

Ce matin du 12 Juillet 1884, les Rois Sawa ne savaient peut-être pas qu'ils allaient impliquer le destin de millions de personnes sur des centaines d'années. Le Traité Germano-Camerounais qu'ils avaient signé ce jour-là était certainement l'acte de reconnaissance, d'existence et même de naissance de ce nouveau territoire, qui désormais jouissait d'un statut vis-à-vis de tous les autres territoires.

Malgré les abus ayant été observés notamment du côté de l'Empire Colonial Allemand, ce Traité visait prioritairement pour les Rois côtiers, d'assurer une meilleure repartition des richesses produites au travers des échanges avec les Maisons de Commerce présentent sur les rives du Wouri et de permettre, via le protectorat, d'assurer la sécurité de ce territoire, qui se trouvait en tenailles entre plusieurs puissances européennes.

Au demeurant, rehabiliter la date du 12 Juillet dans l'histoire du Cameroun pourrait permettre de dépasser les antogonismes nés dans la suite de l'histoire coloniale camerounaise et liés notamment aux tensions politiques et manifestés entre autres par la crise dite anglophone ou encore par les discours de repli identitaires, qui ont souvent été encouragés par la métropole coloniale, dans le but de diviser pour mieux régner. Ainsi, l'Unité Nationale et la mémoire des héros camerounais ayant resisté avec bravoure contre les empires coloniaux allemand, français et britannique en sortiraient plus renforcées.